Voilà 9 mois que mon mari et moi attendions l'arrivée de notre petit garçon... 9 mois que nous espérions pouvoir le câliner, le gâter, l'admirer... Tout était prêt... Nous ne vivions plus qu'à travers cette attente... Notre petit loupio représentait pour nous la concrétisation de tous nos rêves, de tous nos espoirs, de toutes nos batailles pour survivre jusqu'à maintenant... C'était vraiment le début d'une nouvelle vie sous de nouveaux cieux, plus cléments cette fois. La vie nous souriait enfin après tant d'années de lutte pour survivre aux différentes épreuves que nous avions traversé en silence, sans jamais se plaindre... On était si fier d'en être arrivés jusque là... Mais......
Mardi 9 octobre 2007 au soir, à 40 SA (soit à 8 jours du terme), je ne sens plus mon adorable petit bébé bouger... Il s'est calmé d'un coup, bizarrement. J'en parle à mon mari et il me dit qu'il doit avoir tout simplement de moins en moins de place pour bouger vu le terme... On stimule mon ventre, on me chatouille dans tous les sens et pas de mouvements.... Pourtant, on le sentait bien car je n'ai pas pris beaucoup de poids (9.5 kg) et la peau du ventre est restée "mince". On décide donc de partir pour la maternité, pour vérifier que tout va bien. Je me dis que c'est dans ma tête que ça se passe, que je me fais du soucis pour rien, que je "psychote" car je redoute un peu l'accouchement... Mon homme pense que je vais vraiment accoucher le soir là mais moi, je pressens qu'il y a un problème. Dans ma tête, j'envisage même la césarienne d'urgence mais je ne lui dis rien pour ne pas lui enlever sa joie et son excitation. On prend la voiture alors qu'il fait nuit ( je conduis car le futur papa est en train de passer son permis) et on fait 25 km sous une pluie battante, sur une nationale sans marquage au sol et sans lampadaire... La vraie expédition... Arrivés là bas (on avait téléphoné avant), on m'installe très vite pour un monitoring et là, aucun bruit... silence complet... Et je comprend immédiatement... Je demande quand même à la sage femme si c'est normal et n'osant pas me répondre, me dit qu'elle cherche avec le capteur. Elle fait appeler le médecin qui arrive tout de suite, dans la seconde, bizarrement... Je sens que mon pressentiment est juste. On me"jette" sur une table d'auscultation gynéco, toute habillée, les jambes pendantes dans le vide et on me fait une échographie, en remontant tout juste mon T-Shirt, pour soi disant voir la position du bébé...mais je n'y ai pas cru. Et là, pareil... silence de mort dans la pièce. Personne n'ose croiser mon regard. Je finis par demander à la toubib de me dire s'il y a un rythme cardiaque et après un silence, me dit que........ non. Mon mari s'est levé d'un bon et a demandé de recommencer l'écho, qu'ils avaient dû se tromper car 2 jours avant, tout allait bien. Et gentiment, ils ont recommencé pour lui montrer. La descente aux enfers a commencé ce soir là, vers 23h. Bien sûr, on pleure, on s'effondre. Une sage femme m'a prise dans ses bras, mon homme téléphone à sa mère et à ses copains (en pleine nuit) pour leur dire. C'est sa façon à lui de se décharger émotionnellement. Je reste tétanisée et j'ai la conviction que je ne m'en remettrai jamais. J'appelle juste ma soeur (qui dormait) pour lui dire entre 2 sanglots "bébé est mort ce soir, préviens les parents" et j'ai raccroché. Mes parents sont injoignables et le resteront un bon moment car ils sont partis en vacances en Tunisie (au moment du terme). Je n'en revenais pas de la nouvelle, en plus, ça venait de se produire... depuis 1h ou 2... Le coeur était encore gorgé de sang... On m'a dit aussi, peut être pour me faire déculpabiliser, que même si j'étais venue plus tôt (on est pourtant venu tout de suite), ça n'aurait rien changé... Vers 2h du matin, on me laisse sortir et rentrer chez moi. Je reviens, toujours en conduisant (je ne sais pas comment), et après un passage dans la chambre déjà prête du bébé, nous nous couchons. Mais sans dormir... logique...Le lendemain matin, à 9h, on se rend à nouveau à l'hôpital pour y être hospitalisée... et déclencher l'accouchement... On me laisse une chambre seule (sans frais) et un lit accompagnant pour mon mari (c'est gentil). J'ai droit à des prises de sang, on cherche à me faire parler mais je m'enferme dans mon mutisme habituel de quand je souffre trop... Le personnel est adorable... ils sont tous aux petits soins avec nous... mais je reste muette de douleur... malgré moi... C'est nul, je sais... On me donne des comprimés pour provoquer des contractions. On me dit que je vais accoucher le lendemain. Jeudi matin, de nouveaux comprimés à prendre et on me dit que ce sera plutôt pour le vendredi... déception sur le coup puis je me fais à l'idée. La tristesse nous envahit de jour en jour. On ne se relève pas. Jeudi soir, vers 20h, premières contractions. Je n'ose pas regarder ma montre pour chronométrer la fréquence et la durée... mais on me dit de le faire quand même. 23h : j'ai vraiment mal. Mais je ne dis rien, même pas à mon cher et tendre qui finit par s'endormir, mort de fatigue. 2h du matin, les contractions sont toutes les 5 minutes à peine. Je me décide à sonner. 3/4h après, l'infirmière arrive et me donne du spasfon, pensant que c'était un faux travail, comme ils pensaient que ça attendrait le lendemain... Elle me dit de rappeler dans 20 min si pas d'effet. Je rappelle en fait au bout d'une heure... J'ai peur que ce soit dans ma tête, que ce soit de la somatisation.... J'ai pourtant super mal mais je me dis que ça doit être psychologique. L'interne arrive et m'examine. La dilatation du col a bien commencée. Je monte en salle d'accouchement vers 3h du matin. On me dit qu'on va me faire une péridurale mais il faut attendre les résultats de ma prise de sang car j'ai un problème de coagulation... A 5h25, enfin la péridurale.... après 9h30 de travail sans analgésie! L'anesthésiste est très sympa et me met en confiance alors que j'ai peur. Je me détend alors. La sage femme est étonnée que je gère si bien la douleur vu l'état avancé du travail... et vu les circonstances... La péridurale me fait du bien. J'ai encore mal mais comme une grosse crampe au mollet, pas plus. Les sage femmes prennent vraiment le temps de nous parler. L'émotion est grande mais je la contiens, comme toujours. Puis le travail s'arrête brutalement. On me rompt la poche des eaux pour faire avancer les choses et là, mauvaise surprise, le liquide ressemble à de la bouse, bébé s'est vidé dans mon ventre. Gros choc.... Vers 11h du matin, la péridurale ne fonctionne plus mais je n'ose pas le dire. Je suis trop bête des fois. Quelques temps après avoir bien souffert de nouveau, on me remet du produit mais ça ne marche pas, la douleur s'étant trop installée. On m'injecte autre chose en plus. Ca fait effet mais au bout de 30 éternelles minutes... Ca fait effet, certes, mais que d'un côté... le produit s'est latéralisé.... Tant pis, je souffre. On ne peut plus rien y faire. De toutes façons, je suis épuisée de 3 nuits complètement blanches et de souffrance aussi bien physique que psychique... Mon mari a été super : il m'a tenu le masque à oxygène dès que j'avais trop mal... Je lui faisais un signe de la main et hop, il me posait le masque sur le pif... Il me chantait des chansons... Pour l'expulsion, ils m'ont mis un drap sur les jambes pour que je ne vois rien mais quand je me relevais pour pousser, je voyais tout... Ils m'ont annoncé aussi que finalement, il s'était remis en siège à la dernière minute.... de surprise en surprise.... encore un choc.... Ils devaient nous le montrer tout de suite mais quand il est né, la sage femme l'a tout de suite emmené avec elle en courant... et on a eu peur... Elle a préféré nous l'emmener habillé pour qu'on le prenne dans nos bras... En attendant, pas d'épisiotomie mais déchirures, et décharge bactérienne avec 39°6... on ne sait toujours pas d'où ça vient. Donc antibiotiques, et bromokin pour arrêter la montée laiteuse... Nous avons donc pris notre fils dans nos bras. Nous sommes retournés le voir de nombreuses fois pendant l'hospitalisation. Il est beau, 3.480 kg, 52 cm (!!!), typé chinois (surtout les yeux), et pas bleu mais bien rose. On a l'impression qu'il dort. Il est magnifique!!!
En fin de compte, je trouvais qu'accoucher dans de telles conditions étaient inhumain mais je suis fière d'y être arrivée!!! J'ai l'impression d'être une maman qui a assumée son rôle jusqu'au bout!
Apparemment, il y avait un caillot dans le cordon (confirmé par l'autopsie), indétectable à l'échographie ou aux bilans sanguins... et ça viendrait de moi car j'ai un soucis de coagulation... pourtant la grossesse avait été très surveillée et ça allait bien... Je me sens criminelle même si je sais au fond de moi que je ne suis pas coupable.... Mais quand la douleur est trop intense, on ne maitrise plus rien et c'est affreux à vivre.
Depuis, nous ne nous relevons pas de tout ça. La chambre est encore intacte... Je ne sais pas si je m'en remettrai... et j'en ai marre des discours du genre : "t'en aura d'autres, la vie continue, tu ne l'as pas vraiment connu, etc..."
Et puis, les gens sont parfois cruels... Le pharmacien me dit que je suis égoïste de ne pas donner mon lait à un lactarium, d'autres disent que mon mari n'a pas été performant pour ne me donner qu'un fils mort né, que j'ai trahi mon homme en tuant sa progéniture, et j'en passe... Comme si on avait besoin de ça dans ces moments si durs... et en plus venant de personnes qu'on pensait être nos ami(e)s...
Nous avons enterré notre petit bout le 27/10, soit 15 jours après l'accouchement. Nous avons beaucoup souffert de devoir aller aux pompes funèbres, signer des tas de papiers où on attestait que notre propre fils était bien mort, les devis, ... Tout ça paraissait tellement irréaliste!!! Enterrer son enfant... Le jour J, on a fait en sorte que tout soit à notre image... là aussi, on a voulu assumer notre rôle de parents... On a distribué à chacun des petites bougies à déposer au bord de la tombe, on a lu une lettre que j'ai écrite à mon petit loulou d'amour, on a lancé des pétales de roses sur son si petit cercueil... C'était si dur de le voir d'ailleurs ce petit cercueil... Il y avait beaucoup d'émotions... Mais le plus dur pour moi, dans mon coeur meurtri et brisé de jeune maman (c'était mon premier enfant...), c'est de ne plus pouvoir aller le voir à ma guise, dans la chambre funéraire de l'hôpital... C'est comme si on me l'avait kidnappé, volé, arraché même!!!
Voilà donc notre souffrance, je vous l'ai déchargé sur cette page sans vous crier gare... Et je me sens si seule maintenant...
C'est l'histoire de notre petit bout, notre précieux petit Adrien. J'espère qu'à travers ce blog, je me sentirai moins seule et qu'Adrien restera par ce biais toujours vivant dans nos coeurs, et éternel via internet!!!
En sa mémoire... nous l'aimons de tout notre coeur et j'ai hâte de le retrouver un jour, pour qu'on soit enfin réuni avec lui et son papa!